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dimanche 5 septembre 2010

L'information agricole

 

Jean-Michel Schaeffer, président des Jeunes Agriculteurs

« Nous craignons un désengagement de l'Etat des politiques à l'installation »


(11/07/10)
Photo JA-MAG

A 32 ans, installé dans le Bas-Rhin depuis 2005 sur la ferme familiale, Jean-Michel Schaeffer est le nouveau président national du syndicat Jeunes Agriculteurs. En ces temps de rigueur budgétaire, Jean-Michel Schaeffer nous fait part de ses craintes concernant un désengagement de l'Etat de certaines politiques à l'installation et à l'accompagnement des jeunes.


La Loi de Modernisation agricole vient d'être votée à l'Assemblée, pensez-vous qu'elle puisse améliorer la situation des jeunes agriculteurs et leur redonner de la visibilité ?

Jean-Michel Schaeffer : Nous sommes mitigés par rapport à cette loi. Elle apporte quelques avancées mais ne va pas assez loin. Les trois volets principaux concernent l'organisation économique, l'organisation foncière et les mesures plus spécifiques pour les jeunes agriculteurs.

Le volet organisation économique donne un cadre légal pour la contractualisation mais nous sommes dans une économie de marché et cela n'assure, en aucun cas, un prix rémunérateur à l'agriculteur. Ce qui importe, c'est la manière dont vont s'organiser les filières pour essayer de chercher de la valeur ajoutée. La loi nous donne un cadre, à nous maintenant d'être les acteurs de cette démarche.

Concernant le volet foncier, l'objectif est toujours de limiter le gaspillage des terres. Savez-vous que nous gaspillons deux fois plus de terres agricoles qu'en Allemagne ? Il faut revenir à des proportions acceptables. La LMA a créé des Commissions départementales pour tenter de freiner ce fléau mais leurs missions ne sont pas assez étendues et nous doutons de leur l'efficacité.

La LMA prévoit également la mise en place d'une taxe de changement de destination du foncier destinée aux jeunes agriculteurs touchés par la réorientation de leurs terres. Là encore, c'est un point positif, mais ce n'est pas assez dissuasif pour être efficace. Et nous voulons être sûrs que cette taxe permettra d'accompagner financièrement les jeunes agriculteurs contraints à modifier leur projet d'installation. Il faut veiller à ce que cet argent aille bien aux jeunes et ne soit pas utilisé à d'autres fins.

En ces temps de rigueur budgétaire, nous sommes méfiants... Il va falloir être vigilants lors de la rédaction des décrets et arrêtés qui vont mettre en musique cette loi. A nous alors d'être force de proposition.

Et les mesures plus spécifiques pour les jeunes agriculteurs ? Vont-elles permettre d'améliorer les politiques d'aide à l'installation et à l'accompagnement des jeunes agriculteurs ?

J-M S. : Notre souci est d'abord de s'assurer du maintien des aides de l'État aux politiques d'installation. Nicolas Sarkozy a promis, en Aveyron, la sanctuarisation des 350 millions destinés aux aides à l'installation (dont la moitié provient de l'Europe dans le cadre du deuxième pilier de la PAC - Ndlr). Il ne fait que confirmer les moyens déjà mis à disposition des jeunes agriculteurs. Dans le contexte actuel de baisse des dépenses de l'État, son maintien est déjà rassurant.

Pourtant, nous craignons toujours le désengagement de l'Etat de certaines politiques à l'installation. Cette crainte a été amplifiée par le vote, dans le cadre de la LMA, d'un amendement concernant un transfert de missions. Cet amendement, présenté par le gouvernement, confie aux Chambres d'Agriculture les missions relatives à l'installation et à la transmission, assurées aujourd'hui par les associations départementales pour l'Aménagement des structures des exploitations agricoles (Adasea).

Pour justifier cette mesure, le gouvernement met en avant la cohérence dans le cadre de la RGPP (réforme générale des politiques publiques). Derrière cet argument, nous craignons que l'État veuille transférer sur les agriculteurs (via l'impôt Chambres d'Aggriculture - Ndlr), une partie du coût de la politique d'accompagnement à l'installation qu'il prenait jusque là en charge. Nous en saurons plus dans les semaines à venir, mais il va falloir être très vigilant.

Vous aurez la lourde mission de défendre la position des JA lors des négociations de la PAC 2013. Quelles sont les idées que vous défendrez ?

J-M S. : Il faut considérer deux grands sujets : la place de l'Europe dans le monde et celle de la France dans l'Europe.

Au niveau de l'Europe toute la difficulté est de se mettre d'accord sur une politique commune qui concerne les agriculteurs de 27 pays. Nous travaillons avec le Conseil européen des jeunes agriculteurs pour s'accorder sur des mesures de stabilité sur les prix. Il faut par exemple maintenir quelques filets de sécurité aux portes de l'Europe pour se prémunir de l'entrée de produits à trop bas prix, d'Amérique latine, d'Australie, ....

Nous militons pour la mise en place d'outils permettant d'anticiper l'évolution des marchés comme un Observatoire européen sur les prix et marges. Sur le volet économique, nous nous battons pour faire évoluer le cadre légal du « droit à la concurrence européen ».

La PAC, c'est aussi un politique alimentaire. Donner des moyens à cette politique, c'est garantir la diversité de nos territoires, leur développement, mais aussi la sécurité alimentaire. C'est ça que nous cherchons à faire comprendre aux consommateurs européens.

En ce qui concerne la place de la France dans l'Europe, il faut créer un environnement qui permette aux agriculteurs d'aller de l'avant plutôt que de les freiner. Je pense par exemple aux politiques environnementales qui rendent l'agriculteur coupable et non pas acteur. Plutôt que la mise en place de dispositifs contraignants, pourquoi ne pas opter pour des mesures, type MAE (mesures agri-environnementales), qui permettraient de soutenir des actions favorables à l'environnement, comme le maintien de la diversité des productions. Pour les énergies renouvelables, c'est pareil, il faut des politiques cohérentes qui permettent au jeune de financer une partie de son projet d'investissement.

Nous voulons devenir acteurs, à part entière, sur tous ces sujets. Mais aujourd'hui, on ne nous en laisse pas la possibilité !

Propos recueillis par Sophie Caron

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